• Habanaavril20080147
    • Viñales, Cuba
    • © Thomas Brauner

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Entre Exclusif et contrebande: le commerce maritime aux Petites Antilles (fin XVIIe – début XIXe siècle)

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El Caribe

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«Les barques processionaires cousent inlassablement ou recousent ensemble les morceaux duvers de la mer sans que la grande histoire les aperçoive toujours.»

Fernand Braudel, La Mediterranée et le monde méditerranéen …, [1949] 1979, T.1, p. 98.

L’historiographie a longtemps insisté sur la constitution d’espaces économiques clos dans des logiques impériales qu’on a tendance à résumer sous l’appellation d’Exclusif. Sans considérer que les dispositifs de contrôle furent évolutifs, et surtout loin d’être absolus dans leur volonté d’exclure les nations étrangères[1]. De même, la vision que nous avons du commerce colonial dans les Antilles est héritée de travaux sur l’économie portuaire européenne, principalement issue de l’histoire sérielle ou administrative des années 1970[2]. Utile pour comprendre l’essor de ce commerce comme son impact sur les sociétés européennes, elle laisse pourtant de côté le commerce inter insulaire, comme les économies d’échanges rontalières, ou encore les circulations maritimes au sein de l’espace américain[3].

On assiste aujourd’hui à un renouvellement de recherches qui tendent à faire émerger ces flux. On pourrait citer de manière non exhaustive les travaux de Peggy Liss, de Marcus Rediker, ou de Shannon Lee Dawdy, ou autour des îles neutres ceux de Wim Klooster ou d’Éric Schnakenbourg. Ces contributions tendent à montrer que le système de l’Exclusif était officiellement contourné, dans une proportion grandissante, démontrant l’impossibilité de réglementer le commerce aux Antilles. De l’Exclusif à l’Exclusif mitigé, de la mise en place des ports francs à l’ouverture au libre-échange en 1829, tout nuance l’idée que la contrebande et le commerce illégal soient une conséquence de l’Exclusif. Au contraire, la contrebande[4], et le commerce illégal[5], ou plus largement le commerce à l’échelle régionale, sont peut-être aussi dus à l’existence de logiques de navigation propres à l’espace considéré, en tout cas différentes des stricts flux transatlantiques, voire d’un système économique régional comme l’archéologie semble le suggérer[6].

Dans la perspective de Journées d’études consacrées aux navigations antillaises, on se propose d’adopter ce même changement d’échelle au sein du monde atlantique et de nous concentrer sur l’espace de navigation de la Caraïbe. Les approches peuvent être multiples et pluridisciplinaires. Tout d’abord autour des acteurs, en s’intéressant aux négociants locaux, ou aux communautés marchandes, et à leurs réseaux, ce qui peut déboucher sur des travaux portant sur les approvisionnements en marchandises ou sur la redistribution dans cet espace, afin de porter une première esquisse à une redéfinition de la géographie commerciale de la zone. En corollaire, les produits échangés et les techniques commerciales usitées (troc, lettres de changes, numéraires…) sont également dignes d’intérêt. Ensuite, ce sont les conditions même de la navigation qui peuvent faire l’objet de travaux, tant le rapport dialectique entre commerce légal et illégal, avec leurs avatars que sont l’interlope et la contrebande apparaissent comme des pistes fécondes à explorer en essayant de mieux comprendre les logiques à l’oeuvre au sein de nombreuses situations dans une « zone grise ». Enfin, une dernière approche serait celle des techniques de navigation ; on veut évoquer par là à la fois les savoirs empiriques ou savants des marins quant aux caractéristiques de l’espace de la Caraïbe (géographique, sanitaire…) mais aussi peut-être, sur les innovations particulières qui y sont apparues à la fois en ce qui concernait la construction navale ou des infrastructures portuaires.

Toutes les approches suggérées ici sont de simples indications qui n’épuisent pas le questionnement que l’on souhaite développer autour d’une thématique vaste et que l’on souhaite renouvelée, autour des navigations commerciales aux Antilles (fin XVIIe siècledébut XIXe siècle), lors de Journées d’études organisées à l’université des Antilles (campus de Schoelcher). Les chercheurs intéressés doivent faire acte de candidature avant le 30 août 2018 à l’adresse suivante en adressant un projet de communication (titre, résumé et affiliation) à : jean-sebastien.guibert@univ-antilles.fr.

 

Les réponses seront adressées aux contributeurs au plus tard le 10 septembre 2018.

Les communications feront l’objet d’une publication.

 

Dates prévisionnelles: 24-26 octobre 2018

Lieu: Campus de Schoelcher (Martinique)

Organisation: Colette Médouze, Boris Lesueur et Jean-Sébastien Guibert

 


[1] Voir la définition qu’en donne Richard Pares, “Merchants and Planters”, The Economic History Review Supplements, 4, 1960, p. 1: c’est l’exclusion des marchands étrangers et l’obligation d’exporter vers la métropole pour chaque colonie.

[2] Jean Meyer, L’armement nantais, 1969 ; Paul Butel, Les négociants bordelais l’Europe et les îles au XVIIIe siècle, 1974, Charles Carrère, 1974 ; Jean Tarrade, Le commerce colonial de la France d’Ancien Régime, 1972.

[3] P. Liss et F. Knight (dir.), Atlantic port cities: Economy, culture, and society in the Atlantic world, 1650-1850, Knoxville, University of Tennessee Press, 1991.

[4] Anne Pérotin Dumon, « Cabotage, contraband, and corsairs: The port cities of Guadeloupe and their inhabitants, 1650-1800 », in P. Liss et F. Knight, Atlantic port cities..., op. cit., pp. 58-86). Jorge Miguel Viana Pedreira, « Contraband, crisis, and the collapse of the old colonial system », The Hispanic American historical Review, 81,3-4,2001, pp. 739-744; Ernst Pijing, « A new interpretation of contraband trade », The Hispanic American historical Review, 81,3-4,2001, pp. 733-738; et Nuala Zahedieh, « The merchants of Port Royal, Jamaica, and the Spanish contraband trade, 1655-1692 », William and Mary Quarterly, 43, 4,1986, pp. 570-593.

[5] André Lespagnol, « Les Malouins dans l’espace caraïbe au début du XVIIIe siècle. La tentation de l’interlope », Paul Butel (dir.), Commerce et plantation dans la Caraïbe, Bordeaux, Maison des Pays Ibériques, 1992.

[6] Voir la stimulante étude de Catherine Losier, Approvisionner Cayenne sous l’Ancien Régime. Archéologie et histoire des réseaux commerciaux, Leiden, Sidetone Press, 2016.


Between Exclusif and smuggling: maritime trade in the Lesser Antilles (late 17th - early 19th century)

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El Caribe

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« The processionary boats tirelessly sew or sew together the various pieces of the sea without the great history always seeing them.»
Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen …, [1949] 1979, T.1 p. 98.


Historiography devoted to trade in the West Indies has long insisted on the creation of closed economic spaces in imperial logic that one tends to summarize under the name of Exclusif, without considering that the control mechanisms were evolutionary, and specially far from being absolute in their will to exclude foreign nations[1]. Similarly, our vision of colonial trade in the West Indies is the result of a European historiography focused on the aspects and impacts of trade on the European port economy, mainly derived from the serial and administrative history of the 1970s[2]. Useful for understanding the rise of this trade as its impact on European societies, it leaves aside interisland trade, border trade, or maritime traffic within the American space[3].

Today, we are witnessing a renewal of research that tends to bring out these flows. One could cite but not limited to the works of Peggy Liss, Marcus Rediker, or Shannon Lee Dawdy, or around the neutral islands those of Wim Klooster or Eric Schnakenbourg. These contributions provide the idea that the Exclusif system was officially bypassed, in a growing proportion, demonstrating the impossibility of regulating trade in the West Indies. From the Exclusif to the Exclusif mitigé, from the establishment of free ports to the opening to free trade in 1829, the idea that smuggling[4], and illegal trade[5], are a consequence of the Exclusif is nuanced. On the contrary smuggling, and illegal trade, or more broadly trade on a regional scale, may also be due to the existence of navigation logics specific to the area in question, at least different from the strict transatlantic flows, or even a regional economic system, as archaeology sugests[6].


In the perspective of a seminar devoted to Caribbean navigation, we propose to adopt this same change of scale within the Atlantic world and to concentrate on the Caribbean navigation area. Approaches can be multiple. First of all, around the actors, by taking an interest in local traders, or the trading communities, and their networks, which can lead to work on the supply of goods or on the redistribution in this space, in order to bring a first sketch to a redefinition of the commercial geography of the zone. As a corollary, the products exchanged and the commercial techniques used (barter, bills of exchange, cash...) are also worthy of interest. The dialectical relationship between legal and illegal trade, with their avatars of interloping and smuggling, appear to be fruitful avenues to explore, trying to better understand the logic at work in many situations, forming a "grey zone" in which sailors were evolving. Finally, a last approach would be that of navigation techniques; by this we want to evoke both the empirical or learned knowledge of seafarers as to the characteristics of the Caribbean area (geographical, sanitary...) but also, perhaps, on the particular innovations which have appeared there both with regard to shipbuilding and port infrastructures.


These suggested approaches, which are far from exhaustive, are simple indications that do not exhaust the questioning that we wish to develop around a theme that is both vast and renewed, around commercial navigation in the West Indies (late seventeenth century-early nineteenth century), during a seminar organized at the University of the West Indies (Schoelcher campus). Interested researchers should apply before 30 August 2018 to the following address by sending a draft paper (title, abstract and affiliation) to: jeansebastien.guibert@univ-antilles.fr


Replies will be sent to contributors no later than 10 September 2018.
Papers will be published in a volume.

 

Expected dates: 24-26 October 2018
Location: Schoelcher Campus (Martinique)                                                           

Organization: Colette Médouze, Boris Lesueur and Jean-Sébastien Guibert

 


[1] See Richard Pares' definition, “Merchants and Planters”, The Economic History Review Supplements, 4, 1960, p. 1: it is the exclusion of foreign merchants and the obligation to export to the metropolis for each colony.

[2] Jean Meyer, L’armement nantais, 1969 ; Paul Butel, Les négociants bordelais l’Europe et les îles au XVIIIe
siècle, 1974, Charles Carrère, 1974 ; Jean Tarrade, Le commerce colonial de la France d’Ancien Régime, 1972.

[3] P. Liss et F. Knight (dir.), Atlantic port cities: Economy, culture, and society in the Atlantic world, 1650-1850, Knoxville, University of Tennessee Press, 1991.

[4] Anne Pérotin Dumon, « Cabotage, contraband, and corsairs : The port cities of Guadeloupe and their
inhabitants, 1650-1800 », in P. Liss et F. Knight, Atlantic port cities..., op. cit., pp. 58-86). Jorge Miguel Viana
Pedreira, « Contraband, crisis, and the collapse of the old colonial system », The Hispanic American historical
Review, 81,3-4,2001, pp. 739-744; Ernst Pijing, « A new interpretation of contraband trade », The Hispanic
American historical Review, 81,3-4,2001, pp. 733-738; et Nuala Zahedieh, « The merchants of Port Royal,
Jamaica, and the Spanish contraband trade, 1655-1692 », William and Mary Quarterly, 43, 4,1986, pp. 570-593.

[5] André Lespagnol, « Les Malouins dans l’espace caraïbe au début du XVIIIe siècle. La tentation de
l’interlope », Paul Butel (dir.), Commerce et plantation dans la Caraïbe, Bordeaux, Maison des Pays Ibériques, 1992.

[6] See Catherine Losier, Approvisionner Cayenne sous l’Ancien Régime. Archéologie et histoire des réseaux
commerciaux, Leiden, Sidetone Press, 2016.